Une poignée d’outils, un seul abonnement à 4,99 €, et des cours plus vivants. Pourquoi j’ai fini par choisir ça, et rien d’autre.
On vous répète que l’intelligence artificielle peut vous aider. Alors vous testez. Une application, puis une plateforme, puis une autre. Et au lieu de gagner du temps, vous en perdez : vous passez vos soirées à apprendre le fonctionnement de dix outils différents qui, dans leur version gratuite, ne vous offrent finalement pas grand-chose.
J’ai été exactement à cette place. En voulant moderniser mes cours, je me suis lancée à corps perdu dans toutes sortes d’IA : Canva, Gamma, HeyGen, pour ne citer que celles-là. J’y ai appris des choses, c’est vrai. Mais mon objectif n’était pas de collectionner les outils. Il était d’engager davantage mes étudiants, de les faire participer, de leur proposer des supports plus variés. Au bout du compte, mon choix s’est porté sur une poignée d’outils seulement, pour un budget plafonné à 5 € par mois.
Voici mon workflow

Pourquoi des IA généralistes plutôt que des applications
Une application pédagogique est conçue pour une fonction unique et figée : un générateur de QCM produit des QCM, un créateur de frises chronologiques produit des frises. Son périmètre est arrêté le jour de sa sortie et n’évolue qu’au rythme, souvent lent, des mises à jour de son éditeur. Une intelligence artificielle généraliste relève d’une logique inverse : un même modèle conçoit une séquence, rédige une consigne, génère une illustration, structure un quiz différencié ou synthétise un document. Surtout, ces modèles progressent à une cadence que peu d’applications spécialisées peuvent suivre : ce qui était hors de portée il y a six mois est aujourd’hui courant. Adopter une IA généraliste, c’est donc miser sur un outil dont le champ d’usage s’élargit en continu, et qui épouse votre façon de concevoir un cours au lieu de vous imposer la sienne.
Pourquoi aucune application où les étudiants répondent depuis leur téléphone
Une catégorie d’outils promet une interactivité immédiate : on projette un QR code, les étudiants le scannent, puis votent, répondent à un questionnaire ou alimentent un nuage de mots depuis leur smartphone. J’ai délibérément écarté ces dispositifs. La génération Z présente une vulnérabilité attentionnelle aujourd’hui bien documentée : la sollicitation permanente des notifications a fragilisé sa capacité à soutenir une attention prolongée. Or, inviter un étudiant à sortir son téléphone pour participer revient à rouvrir, en pleine séance, l’accès à toutes les distractions concurrentes : messageries, réseaux sociaux, jeux. Et le coût n’est jamais réparti équitablement : ce sont les apprenants les plus fragiles sur le plan de la concentration qui décrochent les premiers. Je privilégie donc une interactivité matérielle et collective, indépendante de tout écran : manipulation de cartes, débat argumenté, vote à main levée, co-construction au tableau.
Pourquoi j’ai renoncé à Gamma et à Canva
Gamma et Canva produisent des présentations soignées, je ne le conteste pas. Deux raisons m’ont néanmoins conduite à les écarter. La première tient à ma conception de l’enseignement : un cours réduit à un exposé linéaire accompagné d’un défilé de diapositives relève, à mes yeux, d’une pédagogie dépassée. Ce que je recherche, ce sont des supports diversifiés qui suscitent la participation, non une succession d’écrans à commenter. La seconde raison est économique. L’offre payante d’entrée de Gamma s’élève à seize dollars par mois et se limite, pour ce tarif, à la génération de diapositives. Pour 4,99 € mensuels, l’abonnement Gemini me donne accès non seulement à des présentations, mais aussi à la génération d’images, à des assistants programmables, à des cartes mentales et à des quiz différenciés. À budget équivalent, l’outil généraliste offre une amplitude d’usage sans commune mesure.
Pourquoi un seul abonnement payant
Un usage enseignant n’en exige pas davantage. Un abonnement unique couvre largement les besoins de conception et de production d’une séance ; au-delà, on accumule des fonctions que l’on n’exploite jamais. Car l’outil ne fait pas le cours : c’est la créativité de l’enseignant qui transforme une ressource en apprentissage. Un coureur n’a pas besoin de mille paires de chaussures pour courir ; une seule, bien adaptée à sa foulée, lui suffit. Le principe vaut ici. Et si le dévouement à notre métier nous incite volontiers à investir, il reste sain de garder la mesure : un seul abonnement, c’est aussi un budget tenu.
Pourquoi Gemini plutôt qu’une autre IA générative
Au tarif d’aujourd’hui, aucune autre offre ne réunit autant de services pour le même prix. Pour 4,99 € par mois, l’abonnement Gemini ouvre l’accès au modèle conversationnel, mais aussi à NotebookLM (quiz, infographies, résumés, cartes mentales, version audio de la leçon), au stockage et au travail collaboratif via Drive, aux questionnaires Google Forms et à l’agenda. Le paysage évoluera, et un autre acteur prendra peut-être l’avantage demain ; mais à ce jour, c’est Gemini qui propose la plus grande variété d’usages au meilleur rapport qualité-prix. Claude et ChatGPT, dont les versions gratuites suffisent à mes besoins, complètent le dispositif sans coût supplémentaire.
Pourquoi plusieurs IA, et pas seulement Gemini
Chaque modèle possède des points forts distincts, qu’il serait regrettable de négliger lorsqu’ils sont accessibles gratuitement. Pour une rédaction exigeante, un courriel délicat, un message qui demande du tact, une histoire courte, je me tourne vers Claude, dont la qualité d’écriture me paraît supérieure à celle de Gemini comme de ChatGPT. Pour une recherche documentaire vérifiable, assortie de ses sources, j’utilise Perplexity. Pour amorcer une idée de séance ou produire rapidement une illustration, ChatGPT remplit parfaitement cet office. Gemini demeure le pivot du dispositif ; les autres modèles interviennent là où ils excellent. Le principe directeur n’est pas de chercher un outil unique qui ferait tout convenablement, mais d’affecter à chaque tâche le modèle qui la traite le mieux.
Peut-on se passer de l’abonnement à 4,99 € ?
Oui, et l’essentiel reste faisable en version gratuite, à deux réserves près. La première tient au volume : les quotas gratuits limitent rapidement le nombre de supports que l’on peut générer au cours d’une journée de préparation. La seconde, plus structurante, tient aux assistants programmables : sans abonnement, on ne peut plus construire de Gems. Or c’est précisément la conception des programmations, des séquences et des déroulés de séance qui mobilise le plus de temps, un travail souvent davantage administratif que pédagogique. Confier cette charge à un assistant paramétré une fois pour toutes est, à mes yeux, ce qui justifie le mieux les 4,99 € mensuels.
Vigilance données. Ne saisissez jamais de données personnelles d’élèves (noms, situations) dans ces outils. Utilisez des prénoms fictifs ou des numéros. Et pensez à désactiver, quand l’option existe, l’utilisation de vos contenus pour l’entraînement des modèles.
