Des Émirats qui enseignent l’intelligence artificielle dès la maternelle à la Suède qui rachète des manuels papier, des manuels adaptatifs retirés en un semestre en Corée à une application estonienne qui refuse de rédiger la dissertation à la place de l’élève : rarement un même outil aura suscité des stratégies aussi opposées. Derrière la question apparemment technique de « l’IA à l’école » se joue en réalité un choix de société, et un choix pédagogique de fond.

À ce jour, l’intelligence artificielle n’est enseignée comme une matière à part entière que dans une quinzaine de pays : onze l’avaient inscrite à leur programme scolaire et quatre autres la préparaient, selon l’état des lieux mondial de l’UNESCO, et le mouvement ne fait que s’accélérer (Chine, Émirats, Inde la rendent obligatoire en 2025-2026). Beaucoup d’autres États encadrent son usage ou affichent une stratégie nationale, mais rares sont ceux qui l’enseignent vraiment.
Cet article passe ces pionniers au crible, non pour désigner « qui est en avance », mais pour distinguer ce que chacun engage sur ce qu’apprendre veut dire.
🎲 Les règles du jeu : deux questions à ne pas confondre
Quand on parle d’« IA à l’école », on désigne en réalité deux projets très différents. Le premier, c’est enseigner l’IA : en faire un objet de savoir, comme on enseigne les mathématiques ou l’histoire. C’est le choix des Émirats, de l’Inde ou de la Chine. La question devient alors : à quel âge commencer, et jusqu’où aller, du simple usage à la conception d’un système ? Le second, c’est apprendre avec l’IA : se servir de la machine comme médium pour apprendre tout le reste. C’est le choix de la Corée, de l’Estonie ou de l’Arizona. La question devient : qu’est-ce que la médiation par une machine change à l’acte même d’apprendre ?
Ces deux questions n’appellent pas la même analyse. Cet article commence par les pays qui enseignent l’IA, puis examine, plus longuement, ceux qui font apprendre avec elle.
Car apprendre avec une machine n’équivaut pas à apprendre avec un humain, et pas seulement pour des raisons de contenu. Entrent en jeu l’attention et la concentration, que l’écran sollicite autant qu’il les disperse. Entre en jeu, surtout, l’émotion : chez les plus jeunes en particulier, les apprentissages sont indissociables de la relation affective qui se noue entre l’enseignant et ses élèves. Un enfant apprend d’abord parce qu’il se sent en sécurité, encouragé, reconnu par un adulte, et il n’y a pas d’apprentissage durable sans émotion. Une application, si adaptative soit-elle, ne porte pas ce regard. S’ajoute la dimension collective : le savoir construit seul face à un didacticiel n’est pas de même nature que celui qui s’élabore dans les échanges, les objections et les ajustements d’une classe.
De là notre fil de lecture, pour la question de l’apprentissage avec l’IA : la machine remplace-t-elle l’acte d’apprendre, ou l’outille-t-elle ? On évaluera chaque approche sur cinq effets : comprendre, appliquer, développer des compétences sociales, gagner en confiance en soi, et favoriser l’accomplissement de l’élève.
Enseigner l’IA : en faire une matière

Ces pays ne se contentent pas d’utiliser l’IA pour apprendre : ils l’enseignent comme un savoir, avec un programme et des heures dédiées.
Émirats arabes unis
Les Émirats arabes unis ont fait le choix le plus radical : enseigner l’IA comme une matière à part entière. Annoncé en mai 2025 par le gouvernement, le programme rend l’IA obligatoire dans toutes les écoles publiques, de la maternelle à la terminale, dès l’année scolaire 2025-2026. Environ 400 000 élèves sont concernés, et un millier d’enseignants ont été formés pour le lancement.

- Âge de début : 4 ans (maternelle), et jusqu’à la terminale.
- Rôle et formation de l’enseignant : des enseignants dédiés, un millier formés pour le lancement, dans les créneaux existants (informatique, design, innovation).
- Rôle de la machine : secondaire ; ici l’IA est l’objet du cours, pas le médium.
- Contenu enseigné : un curriculum en sept domaines, des concepts fondamentaux aux données, à l’éthique et à la conception de projets, soit de l’usage jusqu’à la création.
Points forts
- Littératie à l’IA généralisée et précoce.
- Matière structurée, avec enseignants dédiés et formés.
- Va jusqu’à la conception (haut de l’échelle de Bloom).
Points faibles
- Précocité (dès 4 ans) : maturité conceptuelle discutable.
- Savoir technique qui se périme vite.
- Risque de bachotage si l’esprit critique n’est pas au cœur.
Résultats connus à ce jour. Programme trop récent pour être évalué. Son ampleur, environ 400 000 élèves, en fait un cas à suivre de près.
Inde
L’Inde a annoncé fin octobre 2025, via son conseil des programmes (CBSE), un curriculum d’IA et de pensée computationnelle obligatoire de la classe 3 à la classe 12, à partir de l’année 2026-2027. Le pays proposait déjà l’IA en option au collège et au lycée depuis 2019-2020.

- Âge de début : classe 3, soit environ 8 ans, jusqu’à la classe 12.
- Rôle et formation de l’enseignant : enseignants formés via des programmes nationaux dédiés ; la montée en compétence à grande échelle est un défi majeur.
- Rôle de la machine : objet d’étude ; l’accès au matériel reste inégal.
- Contenu enseigné : IA et pensée computationnelle, de la compréhension à l’application.
Points forts
- Une des plus vastes intégrations au monde, alignée sur la politique éducative nationale.
- Progression structurée de la classe 3 à la classe 12.
Points faibles
- Fracture numérique : environ la moitié des écoles manquent d’électricité, d’internet ou d’ordinateurs.
- Risque de creuser les inégalités entre écoles urbaines et rurales.
Résultats connus à ce jour. Déploiement prévu à partir de 2026-2027, aucun bilan disponible. L’enjeu d’infrastructure conditionnera tout.
Chine
La Chine a inscrit l’IA dans sa réforme éducative par un document officiel d’avril 2025. L’objectif : intégrer l’IA dans les programmes, les manuels et les pratiques de toutes les écoles primaires et secondaires d’ici 2030. À Pékin, l’IA est déjà obligatoire depuis septembre 2025, avec au moins huit heures de cours par an. Le ministère a désigné 184 écoles comme bases pilotes.

- Âge de début : primaire (dès l’école élémentaire).
- Rôle et formation de l’enseignant : enseignants et élèves censés développer des compétences de base en IA ; formation pilotée par l’État.
- Rôle de la machine : à la fois objet d’étude et outil, dans une approche centralisée.
- Contenu enseigné : littératie et compétences en IA (pensée autonome, résolution de problèmes), intégrées aux programmes.
Points forts
- Déploiement massif et systématique, littératie généralisée.
- Objectif d’intégration aux manuels et examens à l’horizon 2035.
Points faibles
- Modèle très centralisé et contrôlé, peu de place à la coopération.
- Finalités (innovation, souveraineté technologique) plus politiques que pédagogiques.
Résultats connus à ce jour. Déploiement en cours, obligatoire à Pékin depuis septembre 2025. Trop tôt pour un bilan national.
Apprendre avec l’IA : la machine comme médium
Passons à l’autre question, la plus disputée : non plus enseigner l’IA, mais apprendre avec elle. Quatre familles se dessinent.

Première famille : l’IA-tuteur adaptatif
L’IA personnalise la transmission : elle ajuste le rythme et la difficulté à chaque élève.
Corée du Sud
En Corée du Sud, c’est par le manuel que l’IA est entrée en classe. En mars 2025, le ministère de l’Éducation a introduit des manuels numériques adaptatifs en mathématiques, en anglais et en informatique, du primaire (dès la troisième année) jusqu’au lycée. L’ambition affichée était de personnaliser à grande échelle pour réduire les inégalités et alléger la charge des enseignants. Concrètement, le logiciel ajuste le contenu, le rythme et la difficulté à chaque élève, collecte des données en temps réel et restitue au professeur un tableau de bord de la progression de sa classe.

- Âge de début : primaire, classes 3 et 4 (environ 8-9 ans), jusqu’au lycée.
- Rôle et formation de l’enseignant : il reste en classe et pilote à partir du tableau de bord, mais sa formation a été jugée insuffisante et précipitée, et sa charge de travail a augmenté.
- Rôle de la machine : un manuel numérique qui ajuste automatiquement le contenu, le rythme et la difficulté, corrige et collecte les données de progression.
- Contenu enseigné : les matières scolaires elles-mêmes (mathématiques, anglais, informatique), apprises à travers l’IA. L’IA n’est pas enseignée comme matière.
Points forts
- Différenciation individualisée impossible à tenir manuellement pour un professeur seul.
- Feedback immédiat à l’élève.
- Ambition d’équité assumée.
Points faibles
- Manuels conçus dans des délais expéditifs, d’où des erreurs factuelles.
- Risques sur les données personnelles, temps d’écran accru, surcharge de travail.
- Savoir acquis seul, hors du collectif et de la relation à l’enseignant.
Résultats connus à ce jour. La Corée est le seul cas au monde déjà tranché par l’expérience, et c’est un revers. Après un seul semestre, les manuels ont perdu leur statut officiel pour devenir de simples « supports complémentaires », et leur taux d’adoption est tombé de 37 % à 19 %. Le gouvernement a dès lors réorienté ses moyens vers un vaste plan de formation aux métiers de l’IA, doté d’environ 960 millions de dollars.
Singapour
À Singapour, l’IA n’est pas un programme isolé mais l’aboutissement d’une stratégie numérique amorcée de longue date. Dès 2018, le ministère dote toutes les écoles d’une plateforme d’apprentissage commune, le Student Learning Space ; en 2023, la cité-État actualise sa Stratégie nationale d’IA, avant d’inscrire l’IA éducative dans son EdTech Masterplan 2030. Le principe directeur tient en quatre temps : apprendre sur l’IA, apprendre à l’utiliser, apprendre avec elle, apprendre au-delà d’elle. La personnalisation adaptative y reste explicitement subordonnée aux compétences d’ordre supérieur, et tous les élèves suivent un module de littératie à l’IA.

- Âge de début : tout au long de la scolarité, de manière progressive et adaptée à l’âge.
- Rôle et formation de l’enseignant : il conserve le pilotage pédagogique et est accompagné et formé dans le cadre du plan national EdTech.
- Rôle de la machine : la plateforme nationale (Student Learning Space) propose parcours adaptatifs, ressources et recommandations.
- Contenu enseigné : les matières via la plateforme (apprendre avec l’IA), plus un module explicite de littératie à l’IA (apprendre sur l’IA : ses bénéfices et ses limites).
Points forts
- Approche progressive et adaptée à l’âge.
- Socle commun garanti pour tous les élèves.
- Littératie explicite plutôt qu’usage subi.
Points faibles
- La logique adaptative reste individualisante.
- Pilotage très centralisé, peu de place à l’initiative locale.
Résultats connus à ce jour. Aucune évaluation d’impact n’a été publiée à grande échelle. Singapour mise sur la prudence institutionnelle et la progressivité plus que sur des preuves chiffrées.
Deuxième famille : l’IA-substitut du professeur
L’IA prend en charge le cœur académique ; l’humain devient accompagnateur.
États-Unis (Arizona)
Aux États-Unis, l’Arizona a autorisé en janvier 2025 l’ouverture d’Unbound Academy, une école sous charte publique entièrement organisée autour de l’IA. Son modèle, baptisé « 2 Hour Learning », tient en une promesse spectaculaire : deux heures d’apprentissages fondamentaux par jour, délivrés par des applications d’IA, puis quatre heures consacrées à des projets, du mentorat et des ateliers, de la prise de parole à l’éducation financière. Les enseignants n’y transmettent plus les savoirs : devenus « guides », ils motivent et soutiennent. C’est la séparation poussée à son terme, la transmission confiée à la machine et la socialisation traitée à part. L’école, avec sa partenaire Novatio, accueille environ 250 élèves.

- Âge de début : niveaux élémentaire et collège.
- Rôle et formation de l’enseignant : il n’enseigne plus les savoirs ; devenu « guide », il est là pour motiver, accompagner et soutenir émotionnellement.
- Rôle de la machine : des applications d’IA délivrent les cours académiques et suivent la progression de chaque élève.
- Contenu enseigné : les fondamentaux via les applications (deux heures par jour), puis quatre heures de projets et d’ateliers de compétences ; l’IA n’est pas enseignée comme matière.
Points forts
- Temps dégagé pour des projets et des compétences rarement travaillées à l’école.
- Individualisation poussée.
- Attention affichée au bien-être.
Points faibles
- Transmission déléguée à un algorithme.
- Socialisation reléguée à des activités annexes, coupée de la construction du savoir avec et par les autres.
- Modèle marchand et de très petite échelle.
Résultats connus à ce jour. Aucune évaluation indépendante n’existe. Les gains avancés, comme l’accélération des apprentissages, relèvent du discours de l’école, pas de la preuve.
Troisième famille : l’IA-partenaire de la pensée
L’IA outille l’acte d’apprendre sans s’y substituer ; l’enseignant reste au centre.
Estonie
En Estonie, pays réputé pour son avance numérique, le programme « AI Leap 2025 » a démarré le 1er septembre 2025. Fait notable, la formation des enseignants a précédé l’arrivée de l’outil chez les élèves, dès l’automne. Vingt mille lycéens et trois mille enseignants disposent d’une application développée avec OpenAI et Google, dont la conception traduit une philosophie précise : sollicitée pour rédiger une dissertation, elle ne la produit pas, elle interroge l’élève et le renvoie à sa réflexion. L’IA y est un partenaire socratique, non un exécutant. L’Estonie est aussi le premier pays à avoir inscrit la littératie à l’IA dans son curriculum national.

- Âge de début : lycée, classes 10 et 11 (environ 16-17 ans), puis extension au lycée professionnel.
- Rôle et formation de l’enseignant : il reste central et a été formé avant les élèves, dès l’automne 2025, dans un programme national de soutien.
- Rôle de la machine : une application « socratique » qui, plutôt que de fournir la réponse, questionne l’élève et relance sa réflexion.
- Contenu enseigné : les apprentissages ordinaires outillés par l’IA, et la littératie à l’IA inscrite au programme national (le pays enseigne donc aussi l’IA).
Points forts
- Préserve l’effort, donc le transfert (la « difficulté désirable » de Bjork : ce qui coûte à court terme ancre mieux à long terme).
- Forme les enseignants avant les élèves.
- Développe l’esprit critique.
Points faibles
- Usage encore largement individuel ; la coopération n’est pas au cœur du dispositif.
- Dépendance à deux fournisseurs privés américains.
Résultats connus à ce jour. Il est trop tôt pour un bilan. Mais la conception de l’outil va dans le sens des stratégies d’apprentissage validées par la recherche, notamment le bénéfice de l’effort de récupération et des difficultés désirables (Dunlosky et al., 2013 ; Bjork).
Grèce
La Grèce s’est portée volontaire pour figurer parmi les premiers. Dans le cadre d’un accord entre le gouvernement et OpenAI, porté par une ONG et financé par la Fondation Onassis, une vingtaine d’écoles expérimentent une version de ChatGPT dédiée à l’éducation. Les enseignants ont été formés à l’automne 2025, avant un pilote en classe mené de décembre 2025 à février 2026 et une extension nationale annoncée. Le cap est affirmé : l’enseignant demeure le « concepteur de l’expérience d’apprentissage », l’IA servant l’esprit critique, la créativité et la collaboration plutôt que l’automatisation.

- Âge de début : secondaire (collège et lycée).
- Rôle et formation de l’enseignant : il est « concepteur de l’expérience d’apprentissage » et a suivi des ateliers intensifs à l’automne 2025.
- Rôle de la machine : une version de ChatGPT dédiée à l’éducation (ChatGPT Edu), utilisée sous la conduite du professeur.
- Contenu enseigné : un usage transversal orienté vers l’esprit critique, la créativité et la collaboration ; l’IA est utilisée, non enseignée comme matière.
Points forts
- Enseignant au centre du dispositif.
- Formation préalable des professeurs.
- Cap explicite sur les compétences psychosociales.
Points faibles
- Forte dépendance à un fournisseur unique (OpenAI).
- Questions de souveraineté et de protection des données.
Résultats connus à ce jour. La phase pilote est en cours, aucun bilan n’est encore disponible.
Finlande
En Finlande, la littératie à l’IA se déploie depuis les recommandations nationales de mars 2025, avec une continuité remarquable : de la petite enfance à la formation professionnelle. Les plus jeunes y entrent par le jeu, avec des applications qui adaptent des contes au niveau de lecture ; les plus grands construisent eux-mêmes des applications simples. L’approche se veut humaniste et transparente, attentive à l’explicabilité des algorithmes, à l’éthique et à la protection des données. Détail parlant, les enseignants finlandais se forment en partie grâce au cours conçu par l’Estonie voisine.

- Âge de début : dès la petite enfance, puis tout au long de la scolarité jusqu’à la formation professionnelle.
- Rôle et formation de l’enseignant : il reste au centre et se forme notamment grâce au cours conçu par l’Estonie voisine.
- Rôle de la machine : des applications ludiques pour les plus jeunes, puis des outils que les élèves utilisent pour construire eux-mêmes de petites applications.
- Contenu enseigné : une littératie à l’IA progressive, de la petite enfance à la formation professionnelle, allant jusqu’à la création (le pays enseigne donc l’IA).
Points forts
- Dimension coopérative et créative forte.
- Progressivité selon l’âge.
- Ancrage éthique et transparence.
Points faibles
- Modèle exigeant en formation et en culture professionnelle enseignante.
- Difficilement transposable tel quel.
Résultats connus à ce jour. Trop tôt pour un bilan chiffré, mais l’approche est cohérente avec la recherche sur l’apprentissage par projet et la coopération entre pairs.
Conclusion
Au terme de ce tour d’horizon, deux constats s’imposent. D’un côté, deux logiques opposent les pionniers : la précocité, qui enseigne l’IA au plus tôt (Émirats, Chine), et la maturation, qui attend que l’élève dispose d’un socle et d’un esprit critique (Estonie, Grèce) ; la recherche sur la charge cognitive (Sweller, 1988) plaide plutôt pour la seconde. De l’autre, tout le monde vend des résultats (« +25 % de performance », « −40 % de charge enseignante »), mais presque personne n’a de preuve indépendante, et la seule évaluation à grande échelle qui a tranché, la Corée, est un retrait. Beaucoup décident sur la promesse, pas sur la donnée.
En France, pendant ce temps, on s’efforce de réguler strictement un objet en perpétuel mouvement qui, de fait, change sans cesse de forme et rend ses régulations obsolètes souvent avant même qu’elles soient adoptées. Cette protection ne finit-elle pas par occuper trop de place, au détriment des apprentissages de nos enfants ? À trop vouloir les préserver, ne sommes-nous pas en train de fabriquer, en masse, un handicap numérique, pendant que les élèves estoniens apprennent à penser avec l’IA, ceux des Émirats à la concevoir, et que les nôtres l’utilisent déjà, seuls et sans accompagnement ? À force de vouloir mettre nos enfants à l’abri, nous risquons d’oublier l’essentiel : les préparer à être accomplis et efficaces dans un marché du travail de plus en plus concurrentiel, où la maîtrise de ces outils ne sera plus un supplément mais un prérequis. La vraie protection n’est peut-être pas de tenir l’IA à distance, mais de donner à chaque élève et à chaque enseignant les moyens de la comprendre, de la questionner et de s’en servir sans en devenir dépendant.
