Mes peurs de parent : un guide d’auto-observation

Mes peurs de parent : un guide d'auto-observation

Nos enfants ne grandissent pas dans le monde réel. Ils grandissent dans le monde que nous voyons. Et ce que nous voyons est filtré par nos propres peurs, souvent héritées de notre propre enfance, souvent invisibles à nos propres yeux.

Avant de chercher à protéger l’enfant du monde, il faut un travail préalable : savoir de quoi nous avons peur. Sans ce repérage, nous transmettons à nos enfants des cages dont nous ne mesurons même pas les barreaux.

Ce guide propose sept questions à se poser, calmement, idéalement avec un carnet. Aucune n’a de bonne réponse. Elles ouvrent simplement une porte.


1. Quelles peurs ai-je entendues, enfant, dans la bouche de mes propres parents ?

« Ne touche à rien, tu vas casser quelque chose. » « Reste près de moi, le monde est plein de fous. » « Ne fais pas ça, tu n’y arriveras jamais, tu es trop maladroit. » « Ne t’éloigne pas, tu vas te perdre. » « Quand tu fais ça, tu es ridicule. »

Listez celles qui vous reviennent en mémoire. Ce ne sont pas des vérités universelles, ce sont les peurs spécifiques de vos parents, façonnées par leur époque et leur histoire. La plupart sont déjà installées en vous, en pilote automatique. Certaines peurs sont saines, car elles vous protègent d’un danger réel. Mais beaucoup d’autres ne protègent de rien : ce sont de simples réflexes hérités.


2. Quand mon enfant prend un risque, quelle est ma première réaction physique ?

Le corps parle avant la pensée. Quand votre enfant grimpe haut, monte pour chanter sur une scène, s’inscrit pour participer à un concours : observez votre corps. Tension dans la poitrine ? Souffle bloqué ? Mains crispées ?

Cette réaction n’a pas sa source dans un danger extrême. C’est votre alarme à vous. Apprenez à la reconnaître, sans la juger. Le simple fait de la nommer commence à la calmer.


3. De quoi ai-je eu peur, moi, à l’âge de mon enfant ?

Souvent, nos peurs de parent ne sont pas adressées à notre enfant : elles sont adressées à l’enfant que nous avons été. Nous protégeons à travers eux la part de nous qui a souffert.

Quand j’interdis à mon enfant de monter sur scène, est-ce parce que c’est dangereux pour lui, ou parce que moi, à son âge, j’ai été humilié en public ?


4. Quelles phrases ai-je l’habitude de répéter sans y penser ?

« C’est trop dangereux. » « Tu vas te faire mal. » « Ne te fais pas remarquer. » « Tu ne vas pas y arriver. »

Ces formules pavloviennes sortent toutes seules. Tenez le compte, sur une semaine, du nombre de fois où vous les prononcez. Vous serez surpris.


5. Quels rêves de mon enfant me mettent mal à l’aise ?

Mon enfant veut devenir clown, musicien, agriculteur, voyageur ? Mon enfant veut renoncer au métier prestigieux qu’il pourrait faire ? Mon enfant veut partir loin ?

Le malaise que je ressens face à ses rêves m’indique exactement où sont mes propres limites. Pas les siennes.


6. Qu’est-ce que je n’ai jamais osé faire moi-même ?

Le métier que je n’ai pas tenté. Le voyage que je n’ai pas fait. La parole que je n’ai pas prise. Tout cela continue de me parler à travers ce que j’autorise — ou n’autorise pas — à mon enfant.

Identifier mes propres renoncements ne sert pas à les regretter. Cela sert à éviter qu’ils ne dictent, en sous-main, l’éducation que je donne.


7. Qu’est-ce que je veux vraiment offrir à mon enfant ?

Pas ce que je crois devoir lui offrir. Pas ce que les autres parents offrent. Ce que moi je trouve essentiel.

Une fois cette intention claire, beaucoup de peurs perdent leur poids. Elles deviennent visibles pour ce qu’elles sont : des bruits de fond qui parasitent ce que je veux vraiment transmettre.


L’auto-observation ne supprime pas les peurs. Elle leur enlève le pilote automatique.

Une fois ce repérage fait, vient la question pratique : comment, concrètement, ne pas transmettre ces peurs à mon enfant ? C’est l’objet du troisième volet de cette série.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Scroll to Top